Il y a des débats qui ne s'éteignent jamais. Celui qui oppose Staub et Le Creuset est de ceux-là. Je reçois la question au moins une fois par semaine, que ce soit en commentaire ou par message. Et franchement, j'ai mis des années à me faire une opinion tranchée.
Ma première cocotte était une Le Creuset. Je l'ai eue à 25 ans, offerte par ma grand-mère qui l'avait elle-même gardée pendant vingt ans. Elle est toujours chez moi, aujourd'hui. Pas une fissure, pas un éclat, pas une rayure qui dépasse. Puis j'ai testé une Staub, prêtée par une amie cuisinière, pour un bœuf bourguignon qui mijotait six heures. J'ai mis deux ans à me décider sur la réponse à donner à cette question.
Alors voici ma réponse, avec toute l'honnêteté d'un type qui a brûlé des plats dans les deux marques.
Points clés à retenir
- Staub et Le Creuset sont deux marques françaises de très haute qualité dont l'émaillage dure des décennies.
- Le Creuset a un émail intérieur clair qui permet de surveiller la coloration, Staub un émail noir mat qui masque les brûlures.
- Les picots sous le couvercle Staub arrosent les aliments en continu ; le couvercle Le Creuset, plus lourd, retient mieux la vapeur.
- Le prix d'achat élevé se rentabilise sur une durée de vie de trente ans ou plus.
- Le choix dépend de votre style de cuisson : le fond qui accroche au début vous apprend des gestes que l'autre marque ne pardonnera jamais aussi durement.
Staub vs Le Creuset : le match des caractéristiques
Les deux marques sont françaises, les deux sont en fonte émaillée, les deux sont produites en France dans des usines historiques. C'est là que s'arrête la ressemblance.
L'émail intérieur : la différence qui change tout
Le Creuset utilise un émail de couleur clair, souvent crème ou ivoire. C'est une bénédiction pour les cuisiniers qui aiment contrôler leur cuisson : vous voyez le fond de la cocotte, vous voyez les sucs de viande caraméliser, vous voyez quand il faut déglacer avant que ça ne tourne au brûlé. Quand je fais une sauce au vin rouge, je dois littéralement écarter la viande pour voir si le fond est prêt.
Staub, de son côté, a choisi un émail noir mat. Et pendant longtemps, j'ai cru que c'était un défaut. Puis j'ai compris le vrai avantage : quand on saisit de la viande à feu vif, le fond attache dans les deux cas. La différence, c'est que sur un fond noir, vous ne le voyez pas. Vous ne paniquez pas, vous ne grattez pas frénétiquement avec une spatule en bois, et vous ne finissez pas avec des morceaux de fonte dans votre ragoût.
Résultat : les débutants brûlent moins de plats avec une Staub. C'est contre-intuitif, mais c'est la vérité que j'ai constatée sur mes propres préparations. Quand j'ai enfin acheté ma Staub, j'ai arrêté de jurer pendant la cuisson de mes carbonades.
Le couvercle et les picots d'arrosage
Le couvercle Staub est équipé de petits picots à l'intérieur. Ils sont conçus pour récupérer la vapeur qui se condense et la faire retomber en pluie fine sur les aliments. Cela signifie que vous n'avez pas besoin d'ouvrir le couvercle pour arroser votre rôti, l'humidité circule et retombe naturellement. Pour une cuisson longue et lente type pot-au-feu, c'est un vrai plus.
Le couvercle Le Creuset, lui, est lisse, mais il est très lourd et bien ajusté. Il assure une excellente étanchéité à la vapeur. Mes plats en sauce n'ont jamais desséché dans une Le Creuset, et c'est d'ailleurs un critère qui a convaincu ma grand-mère en 1975. Sa cocotte n'a jamais fui une seule fois.
En clair : si vous cuisinez des plats mijotés en grande quantité, les picots de Staub vous faciliteront la vie. Si vous faites des cuissons précises où il faut vérifier régulièrement, le couvercle Le Creuset est imbattable pour garder l'humidité.
Manches, poids et prise en main
Les deux cocottes sont lourdes. C'est inhérent à la fonte. Mais il y a une nuance : les poignées de Le Creuset sont souvent plus grandes, ce qui facilite la prise en main avec des maniques épaisses ou des torchons pliés. Les anses de Staub sont parfois plus courtes sur les petits formats.
Petit détail que je n'ai vu nulle part : le bouton du couvercle. Sur Le Creuset, il supporte des températures élevées mais reste de série ; sur certaines gammes Staub, le bouton en métal est plus robuste pour un passage au four à très haute température. Si vous faites du pain ou des plats gratinés à 250 °C, vérifiez les specs avant d'acheter.
Quelle marque est la plus durable à long terme ?
Franchement, c'est le point que tout le monde néglige et qui devrait primer. Vous n'achetez pas une cocotte pour un an, mais pour trente ans.
Mon retour d'expérience : ma Le Creuset a vingt-cinq ans et l'émail intérieur est toujours impeccable, à condition de ne jamais passer au lave-vaisselle ni d'enchaîner les chocs thermiques (cocotte froide sur feu vif, etc.). Les fabricants sont clairs là-dessus : un émail, ça se ménage.
J'ai vu des photos de cocottes des deux marques après dix ans d'usage intensif, y compris des accidents (lait qui déborde, émail ébréché après une chute). Le Creuset semble mieux résister aux petits chocs grâce à son émail plus épais. Staub, en revanche, tient mieux à la chaleur extrême. J'ai fait cuire du pain dans ma Staub à 250 °C pendant des années, et elle n'a jamais montré le moindre signe de fatigue.
Si vous êtes du genre à faire tomber les choses ou à cuisiner vite, Le Creuset est peut-être plus tolérant. Si vous êtes un adepte du four très chaud et des cuissons longues, Staub ne vous décevra pas.
Le prix et le rapport qualité-prix sur la durée
Les deux marques sont chères. Une cocotte de 24 cm coûte entre 250 et 350 € chez Staub comme chez Le Creuset. Les prix varient selon les finitions et les collections limitées.
Mais réfléchissons : si vous divisez ce prix par trente ans d'utilisation quotidienne (ou presque), vous arrivez à moins de 10 € par an. C'est moins cher que la plupart des poêles anti-adhésives que vous remplacerez tous les deux ans. Et c'est exactement ce que je dis à mes lecteurs qui hésitent à investir.
Il existe des alternatives françaises plus abordables, comme Invicta, fabriquée dans les Ardennes, ou Sitram. Elles ne vous offriront pas la même gamme de couleurs ni la même notoriété, mais pour un premier achat, elles permettent de tester la cuisson en fonte sans se ruiner. J'ai commencé avec une Invicta, et elle m'a appris les bases. Puis j'ai investi dans du haut de gamme une fois sûr de mon usage.
Vérifiez aussi la disponibilité des pièces détachées : Le Creuset propose des boutons de rechange pour ses couvercles, ce qui est rare et pratique. Staub aussi, mais l'offre est parfois plus limitée selon les modèles. Un bouton qui casse ne devrait jamais vous obliger à racheter toute la cocotte.
Le Creuset ou Staub : pour quelle cuisson ?
On ne choisit pas une cocotte comme on choisit une casserole. On choisit une cocotte comme on choisit un outil de travail.
Pour les cuissons longues à l'étouffée (pot-au-feu, blanquette, plats en sauce), les deux se valent. Les picots de Staub vous éviteront d'ouvrir le couvercle et feront retomber l'humidité, mais Le Creuset garde aussi très bien la vapeur grâce à son couvercle parfaitement ajusté.
Pour les cuissons où il faut surveiller la coloration (rôtis, légumes sautés, viandes saisies), Le Creuset prend l'avantage grâce à son intérieur clair. Vous voyez exactement quand le fond caramélise et vous pouvez réagir avant que ça ne brûle. C'est un vrai confort pour les cuisiniers débutants ou ceux qui aiment le contrôle total.
Pour le pain et les cuissons à très haute température, Staub est plus robuste. J'ai fait des dizaines de pains dans ma Staub avec des résultats constants. Le Creuset tiendra le coup, mais certains modèles ont des recommandations de température maximale plus restrictives.
Quelle taille choisir ?
Je recommande systématiquement une cocotte de 24 cm pour 4 personnes, et de 28 à 30 cm pour les grandes tablées de 8 à 10 personnes. C'est la taille qui correspond aux besoins réels de la plupart des foyers.
Un conseil : ne surdimensionnez pas. Une cocotte trop grande pour votre feu mettra plus de temps à chauffer et à répartir la chaleur. Une cocotte trop petite fera déborder vos plats. Le diamètre 24 est le meilleur compromis pour un usage quotidien.
Les erreurs à éviter avec une cocotte en fonte
J'ai brûlé des plats, rayé des fonds, et fait tomber des couvercles. Voici les trois erreurs qui reviennent le plus souvent.
- Le choc thermique : ne mettez jamais une cocotte froide sur un feu vif, et ne versez jamais d'eau froide dans une cocotte chaude. L'émail peut se fissurer, et là, c'est irréparable. Ma Le Creuset a survécu à tout, sauf à ce genre de geste que je faisais par impatience.
- Le lave-vaisselle : les fabricants le déconseillent, et ils ont raison. L'émail s'use prématurément, perd son brillant, et les dépôts alimentaires s'incrustent dans les micro-porosités. Un lavage à la main avec une éponge douce et du savon est aussi rapide et préserve la cocotte pour des décennies.
- Les ustensiles métalliques : une cuillère en métal raye l'émail intérieur, surtout sur les surfaces claires. Utilisez du bois, du silicone ou du nylon. C'est un geste simple qui évite des traces qui resteront à vie.
Le verdict final : Staub ou Le Creuset ?
Après des années à cuisiner avec les deux marques, voici mon positionnement honnête.
Le Creuset est la cocotte la plus polyvalente pour le cuisinier qui aime le contrôle visuel. Son émail clair vous permet de voir ce qui se passe au fond, de réagir vite, et de réussir des cuissons précises. Elle est aussi plus jolie à table – soyons honnêtes, les couleurs apportent une vraie touche d'élégance, même si l'esthétique ne fait pas tout.
Staub est la cocotte du cuisinier qui veut des plats mijotés parfaits sans avoir à surveiller sans cesse. L'émail noir mat pardonne les fonds qui accrochent, et les picots du couvercle font leur travail d'arrosage en continu. C'est un outil de cuisson très performant, peut-être moins photogénique, mais d'une efficacité redoutable pour les plats en sauce et le pain.
Ma réponse définitive ? Si vous ne deviez en acheter qu'une, prenez celle qui correspond à votre manière de cuisiner aujourd'hui, pas à celle que vous imaginez avoir. La meilleure cocotte est celle que vous utiliserez régulièrement. Et si vous avez le budget pour deux, alors, oui, les deux ont leur place dans une cuisine qui se respecte.
Moi, je n'ai pas jeté la mienne. Je l'utilise en alternance, et franchement, chacune a ses jours de gloire.